Quand la chenille devient papillon...

Auteur/autrice : Eric Malausséna

Eric Malausséna
Somatopathe à Carpentras (Vaucluse, France)

Somatopathie : La souffrance d’accueil

Cela fait maintenant des années que j’exerce à mon cabinet de Somatopathie à Carpentras(84). Des milliers de consultations, de rencontres humaines, d’accueils de la souffrance physique et souvent psychologique des personnes qui viennent me voir.

Chaque expérience est unique, chacune demande un accompagnement tout à fait spécifique à l’histoire de la personne qui vient s’allonger sur ma table. Mais avec le temps, j’ai vu apparaître un schéma récurrent chez nombre d’entre elles. Alors ce que je vais évoquer pourra vous parler, ou pas du tout. Il s’agit de ce que je vais appeler la souffrance d’accueil.

Voici l’histoire qui se dégage de la mise en place de ce schéma.

Pour une raison que la personne connaîtra ou pas, un événement lié au début l’histoire de la grossesse de sa maman fait que le lien naturel ne se met pas en place au départ. Cela se situe durant les premières semaines de grossesse. Parfois il s’agit d’une grossesse inattendue et dont la maman n’est pas consciente au départ, parfois d’un événement dans l’histoire familiale qui déclenche un conteste émotionnel rendant impossible, au début, la mise en place de ce lien. Et là que je sois très clair : il est hors de question de faire culpabiliser qui que ce soit autour de cet événement. Chacun a fait ce qu’il a pu. De son mieux. Et la mise en place défaillante de ce lien n’empêche pas, à partir de la naissance, un lien chaleureux et bienveillant.

Mais dans ma pratique, cet événement initial crée une sorte de traumatisme autour de la peur, pour le bébé, de ne pas être accueilli, à tort ou à raison, mais c’est là. Cela va déclencher une sorte de réflexe de survie (si je ne suis pas accueilli, je ne serai pas nourri, donc danger) dans lequel le bébé va très vite développer une forte empathie afin d’essayer d’identifier ce qu’il doit faire pour attirer l’attention, ce qu’il doit faire pour les autres, afin de ne pas être rejeté, afin d’être aimé.

L’idée génératrice est : « J’ai peur de ne pas être aimé juste pour ce que je suis, alors je vais essayer d’être aimé pour ce que je fais ».

Cette bascule insidieuse va conduire le bébé et l’enfant à prendre la responsabilité de toutes les relations qu’il noue. S’il y a un problème, c’est forcément qu’il a mal fait quelque chose. Alors il s’adapte, se suradapte. Il aura tendance à devenir le parent de l’un ou de ses deux parents. Il doit toujours faire quelque chose pour l’autre.

En grandissant, ce schéma se complexifie et envahit toute la sphère relationnelle : amicale, amoureuse, professionnelle.

Dans cette peur d’être rejeté, abandonné, de ne pas être aimé, l’enfant et le jeune adulte développe des relations visant à le rassurer sur ce plan là. Des relations dans lesquelles les autres sont plus ou moins dépendants de lui, c’est en tous cas ce qu’il croit. Des autres qui sont en demande, dans un besoin dont lui est pourvoyeur. Et dans cette relation de dépendance inconsciente, alors il est rassuré : l’autre a besoin de moi, il ne m’abandonnera pas.

Cela a plusieurs effets délétères :

  • la vie lui montrera que sa stratégie est vouée à l’échec par ce qu’il sera abandonné quand même lorsque l’autre n’aura plus besoin,
  • cela le conduira parfois souvent à entretenir des relations avec des personnes manipulatrices qui utiliseront son fonctionnement en s’appuyant facilement sur le chantage affectif,
  • il devient celui sur lequel tout le monde s’appuie, celui sur qui on peut compter, une sorte de SuperMan ou SuperWoman dont personne ne se doute des faiblesses, bien au contraire
  • faute de se ressourcer, l’énergie s’épuise jusqu’au stade où il peut ne plus même supporter ceux qu’il aime
  • progressivement, il perd le contact avec ses propres envies.

Et souvent, quand la personne vient me voir, elle en est déjà à ce stade. À force d’être tout le temps branchée sur le désir des autres, la réponse aux demandes des autres, avant toute chose… elle a fini par mettre définitivement ses propres envies au placard, n’étant plus à leur écoute.

Et lorsqu’elle est seule, le vide. Il n’y a personne pour créer en elle le moteur de l’envie. Toute seule, elle ne sait plus ce qu’elle veut, ce qui lui ferait vraiment plaisir, allant jusqu’à parfois se défendre en répondant que « c’est de faire plaisir aux autres qui lui fait plaisir »…

À ce stade, le travail en séance va demander lentement de venir faire prendre conscience de l’ampleur du schéma en place, et de venir faire lâcher ces régions du corps dans lesquelles les émotions ont fini par se loger, moteur de ces angoisses existentielles. Viendra ensuite le temps de la découverte que les désirs ont toujours été présents, juste glissés sous le tapis. Pouvoir commencer à les accueillir, les ressentir… l’étape suivante étant décisive : pouvoir s’autoriser, face à toutes les peurs associées à l’idée d’être égoïste, et les peurs liées au fait de ne plus être aimé si je laisse s’exprimer mes envies, et donc aussi mes limites, mes refus. La personne devient alors celle qui s’accueille, pour la première fois, telle qu’elle est, sans le masque de ce qu’elle doit montrer aux autres.

C’est tout un processus qui demande patience, bienveillance… c’est l’exploration d’un monde inconnu jusque-là.

Mais c’est une magnifique découverte, quel que soit l’âge, que celle de découvrir : j’ai le droit d’être, et pas seulement de faire.

Le plus beau cadeau pour moi, c’est d’assister à cette transformation.

De tout coeur avec toutes celles et ceux qui se sentent concernés.

Somatopathie : Couper le cordon

Notre corps exprime à sa façon la souffrance que nous n’accueillons pas en nous. Celle que nous n’entendons plus… soit parce qu’il était urgent de ne pas se laisser submerger par elle, enfant, soit parce que nous avons fini par ne plus nous écouter… et donc ne plus nous entendre… coupés de ce qui pousse au plus profond de nous, parfois bien caché sous des tonnes de gravas : l’aspiration à être.

Bien entendu, nous sommes. Mais l’espace dans lequel la Vie en nous peut s’exprimer est plus ou moins contraint selon notre vécu, notre héritage émotionnel, et la relation que nous entretenons avec ce vécu ou cet héritage. Car le passé ne se réécrira jamais. Notre seule marge de manœuvre se situe dans la façon dont nous accueillons ce passé, cette histoire héritée en nous.

Bien souvent les émotions associées à cette histoire ont dépassé notre capacité d’accueil du moment. C’est alors que le corps a pris le relais, servant d’espace de stockage à ce qui n’a pas pu s’exprimer… sortir de nous. Et plus le temps passe, plus le corps paye cher cette émotion qui reste emprisonnée dans les cellules. Progressivement, nous apprenons alors à ne pas retourner dans les situations qui ont engendré des émotions qui n’ont pas pu être accueillies. Notre espace vital se réduit alors d’autant. Perdant de plus en plus de marges de manœuvres, jusqu’à ce que le corps lui-même montre, par ses blocages physiques ou certaines maladies, que notre propre vie est sous contraintes. Nous avons laissé les autres, l’extérieur, conditionner notre propre vie, notre espace d’expression de nous-même.

Le fœtus, arrivé au terme de la grossesse, est lui-même dans un espace contraint. S’il n’en sort pas… il meurt. Mais même une fois sorti, il est encore relié au placenta par l’intermédiaire du cordon ombilical. Et ce cordon devra être tranché à un moment où un autre (le sujet n’est pas sur le moment opportun de le couper, là n’est pas la question). Pour vivre, se développer, grandir extérieurement et intérieurement, le nouveau-né doit être sorti de sa mère, séparé du placenta dont il n’a plus besoin et vivre ce qu’il porte de vivre afin de devenir autonome. Tout l’enjeu sera alors de lui offrir un cadre sécurisant dans lequel il apprend à exprimer sa joie de vivre.

C’est pareil plus tard… autour de notre histoire (mal) vécue, de notre héritage émotionnel (non exprimé), nous avons pu créer en quelque sorte un pseudo-ventre maternel dans lequel nous étouffons. En cherchant à nous mettre à l’abri nous restons bloqués dans notre propre développement. Alors que, d’une façon ou d’une autre, la Vie continue à pousser en nous.

C’est ainsi que la somatisation joue son rôle. Au travers de son expression dans notre corps, le plus souvent par des douleurs ou un mal-être, la Vie nous invite à venir voir ce qui se passe. À ressentir cette étroitesse dans laquelle nous nous sommes installés et que nous ne percevons même plus. C’était tellement plus simple de se conformer aux attentes de maman ou papa, d’être gentil avec les autres, de faire passer les amis, les collègues avant ce qui est juste pour nous… pour obtenir leur validation sur notre propre droit à être… dans l’espace qu’ils nous laissent… parce que nous avons laissé à l’autre ce pouvoir de définir notre espace.

Au fil des séances, une prise de conscience se fait autour des émotions qui ont créé cette limitation. Et petit à petit, vient le moment d’en sortir. De faire le deuil d’une histoire dont aurions rêvé (et qui a été ce qu’elle a été) afin d’accueillir la souffrance et la laisser s’exprimer.

Il nous est proposé à tout moment de nous redonner naissance, de sortir de cet espace contraint qui nous a servi de protection, afin de reprendre notre autonomie, de retrouver notre élan vital et son expansion… d’aller dans le monde, dans ce qui est juste pour nous.

La Vie nous invite à couper le cordon.

De la Somatopathie à l’Aventure Intérieure

Ceux qui ont lu les articles précédents ou qui viennent à mon cabinet ont souvent découvert ma pratique au travers d’une demande le plus souvent centrée sur le corps : tant les douleurs physiques (vertébrales, articulaires, musculaires, tendineuses, viscérales, névralgiques, crâniennes…) que les difficultés émotionnelles associées à ces somatisations (peurs, angoisses, tristesses, deuils, surmenages, infertilités, insomnies…), souffrances dans la sexualité, l’accompagnement de la grossesse et l’accueil du nouveau-né…

J’accompagne chacun depuis des années dans les méandres de ces souffrances accumulées et dont le corps porte le douloureux témoignage.

Certains ont déjà fait un travail personnel, soit dans un accompagnement psycho-thérapeutique, soit dans une démarche plus spirituelle… et la rencontre avec la somatopathie leur permet le plus souvent une intégration avec le travail déjà accompli. Parfois la mémoire du corps résiste à l’investigation analytique et il peut être profitable de faire lâcher dans le corps ce qui a pourtant été déjà bien assimilé par la tête. Comme une pièce de puzzle manquante. Et d’un coup tout prend sens.

Pour d’autres, la Somatopathie est un point de départ. Notre culture n’a pas fait la part belle à notre propre écoute intérieure, loin s’en faut ! Et découvrir que le corps essaye de nous parler, que cela a du sens de s’écouter, et que c’est même vital… peut être une révolution pour certains. Une ouverture de conscience se fait à une dimension inconnue jusque là.

Parmi ceux-là, adultes ou enfants, il y a aussi ceux qui sont « surdoués » et  qui l’ignorent. Comme c’est une sujet qui me concerne tout particulièrement et qu’il a entraîné pas mal d’incompréhension dans ma vie, je lui accorde un petit aparté dans cet article. Ces personnes, dont je ne reprendrai pas la liste des caractéristiques, ont notamment une hypersensibilité, une hyperémotivité et un besoin de sens hors du commun. Et c’est souvent ce qui les amène un jour ou l’autre dans mon cabinet, le plus souvent pour un motif émotionnel fort : dépression, burnout, ne supporte plus la scolarité, trouble de l’attention, relation toxique avec un pervers narcissique, etc… Le travail en Somatopathie associé à mon expérience du sujet va alors nous conduire à la question de la relation au sens de sa propre existence, non pas sur un plan psycho-thérapeutique, mais dans une reconnexion à sa propre capacité à sentir ce qui est bon pour lui, ce dont il a vraiment envie, ce qui fait sens pour lui. Si c’est un enfant, en plus, cela me permet de faire prendre conscience aux parents de la spécificité de leur enfant et d’envisager de le regarder d’une autre façon, quitte à leur proposer de faire passer les tests de Wechsler (improprement appelés tests de QI) ou de les diriger vers des personnes qui ont des outils adaptés pour les aider à se remettre en selle et à se projeter.

Dans tous les cas, « surdoué » ou pas, au-delà de la disparition des symptômes de départ, la poursuite du travail somatopathique peut se faire pour celui qui veut approfondir sa quête de sens. Le contenu de la séance évolue alors quelque peu. Il peut y avoir une phase d’entretien beaucoup plus longue et moins de « gestes » somatopathiques. Avec certains qui sont dans cette démarche, les séances peuvent se traduire parfois uniquement par un entretien, prolongement des prises de conscience des séances précédentes.

En écrivant ceci, je sais que cela ne concerne pas la demande de tous. Et c’est bien normal ! Chacun son chemin. Mes autres articles parlent de l’essentiel de ma pratique.

Mais, à ceux que l’Aventure Intérieure passionne, je propose d’élargir le champ d’exploration en intégrant une écoute fine du corps avec des entretiens, plus ciblés sur ce qui est venu perturber le contact avec ce qui fait sens. Ce qui n’exclut pas que, dans certaines étapes, je puisse inviter quelqu’un à consulter un psychothérapeute (je ne suis pas psychothérapeute -ce n’est pas mon sujet).

L’objectif n’est pas de repartir avec des réponses toute faites ! Je n’ai pas VOS réponses. Certainement pas ! Mais dans une écoute de plus en plus subtile avec ce qui se passe dans l’instant de la séance peut émerger une autre façon d’envisager vos questions : VOTRE façon de les aborder, éclairée par les prises de conscience faites en séance.

Objectif essentiel de cette Aventure Intérieure : aller vers une existence qui ait du sens… pour vous !

Cet article est un peu complexe à écrire… comment ne pas trop écrire afin de ne pas enfermer ? Comment tendre la perche à ceux qui sont en demande ? Et le sujet pourrait demander un livre entier, voire plusieurs ! Ce n’est pas l’objet de ce petit article. Alors si cela vous parle, vous pouvez me téléphoner au besoin pour en discuter, ou m’écrire via le formulaire de contact.

Accueillir son enfant intérieur

J’ai écrit plusieurs articles pour tenter de donner une idée de la démarche que j’adopte dans une séance de somatopathie. Mais je souhaite revenir sur une dimension importante de cette pratique.

La somatopathie met en œuvre une écoute manuelle subtile de différents niveaux d’organisation dans notre corps : lésions de suture, lésions musculaires, blocages du mouvement respiratoire primaire (MRP), blocages énergétiques…

Derrière chacune de ces lésions j’apporte des corrections visant à redonner au corps physique ou subtil le moyen de reprendre son fonctionnement normal. Ces corrections s’appuient sur le principe de l’homéostasie : le corps sait naturellement se réparer à l’intérieur de certaines limites.

Mais si je me limite à ces deux aspects, il manque l’essentiel. L’écoute identifie des lésions, certes, mais par-dessus tout, elle permet de mettre en évidence des émotions. Ce sont ces émotions, ces souffrances, qui, a un certain moment de l’histoire du patient, ont été au-delà de sa capacité à les accueillir. Tout particulièrement dans l’enfance. Et heureusement, de nombreux mécanismes sont en nous afin de nous permettre de continuer à fonctionner à peu près normalement malgré ces souffrances vécues, parfois terribles.

Notre corps a cette capacité à enfouir en profondeur ce qui est insupportable. Bien entendu, même ce mécanisme a des limites. Mais si vous venez à mon cabinet… c’est que ce mécanisme vous a permis de  vivre jusque-là !

Pendant la séance, les corrections somatopathiques sont associées à une verbalisation. Quand c’est nécessaire, je peux être amené à inviter la personne à faire le lien entre ce que je ressens comme un blocage et un type d’émotion vécu. C’est lui qui identifie l’événement référent. Ce faisant, il prend conscience de l’importance de l’émotion ressentie à ce moment-là… et il arrive que cette émotion remonte d´un coup à la surface lorsque je libère les lésions qui emprisonnaient la mémoire de cette souffrance.

Cela peut se faire durant la séance ou dans les jours qui suivent. Et dans ce cas, un seul mot d’ordre : accueillir.

Accueillir cette émotion autant que possible, sans même chercher à comprendre quoi que ce soit. Ni d’où elle vient, ni pourquoi… juste accueillir.

C’est ce geste d’accueil qui, pour plein de bonnes raisons, n’a pas pu être fait sur le moment… il peut être fait désormais.

J’utilise souvent une image. Celle d’une petite fille qui est dans une aire de jeux avec sa maman. La petite fille joue tandis que sa maman est assise sur un banc. Elle tombe et se fait un peu mal. Aussitôt elle commence à pleurer et cherche sa maman du regard puis court vers elle.

Sa maman lui ouvre les bras. L’écoute pleurer, l’écoute lui raconter les circonstances de sa chute… La petite fille exprime sans retenue son émotion. Elle est entendue dans sa souffrance par sa maman qui l’écoute et lui donne le droit de pleurer. Au bout de quelques minutes… c’est fini. L’émotion s’est exprimée. La petite fille a été entendue… elle peut retourner jouer. Il ne restera plus rien de cet événement.

C’est ce qu’il nous est possible de faire maintenant lorsque l’émotion se libère pendant ou après la séance. Nous autoriser à l’exprimer. Et entendre, être à l’écoute de notre enfant intérieur qui ne l’a pas été la première fois. Nous devenons le parent de notre enfant intérieur. Par ce geste, nous prenons notre autonomie en devenant celui qui permet la guérison de cet enfant.

C’est un geste d´amour pour nous-mêmes, pour notre intériorité. Nous cessons de l’attendre de l’extérieur. Et nous réalisons que nous pouvons grandir vers plus de liberté.

Nous devenons acteur de notre guérison.