Notre corps exprime à sa façon la souffrance que nous n’accueillons pas en nous. Celle que nous n’entendons plus… soit parce qu’il était urgent de ne pas se laisser submerger par elle, enfant, soit parce que nous avons fini par ne plus nous écouter… et donc ne plus nous entendre… coupés de ce qui pousse au plus profond de nous, parfois bien caché sous des tonnes de gravas : l’aspiration à être.

Bien entendu, nous sommes. Mais l’espace dans lequel la Vie en nous peut s’exprimer est plus ou moins contraint selon notre vécu, notre héritage émotionnel, et la relation que nous entretenons avec ce vécu ou cet héritage. Car le passé ne se réécrira jamais. Notre seule marge de manœuvre se situe dans la façon dont nous accueillons ce passé, cette histoire héritée en nous.

Bien souvent les émotions associées à cette histoire ont dépassé notre capacité d’accueil du moment. C’est alors que le corps a pris le relais, servant d’espace de stockage à ce qui n’a pas pu s’exprimer… sortir de nous. Et plus le temps passe, plus le corps paye cher cette émotion qui reste emprisonnée dans les cellules. Progressivement, nous apprenons alors à ne pas retourner dans les situations qui ont engendré des émotions qui n’ont pas pu être accueillies. Notre espace vital se réduit alors d’autant. Perdant de plus en plus de marges de manœuvres, jusqu’à ce que le corps lui-même montre, par ses blocages physiques ou certaines maladies, que notre propre vie est sous contraintes. Nous avons laissé les autres, l’extérieur, conditionner notre propre vie, notre espace d’expression de nous-même.

Le fœtus, arrivé au terme de la grossesse, est lui-même dans un espace contraint. S’il n’en sort pas… il meurt. Mais même une fois sorti, il est encore relié au placenta par l’intermédiaire du cordon ombilical. Et ce cordon devra être tranché à un moment où un autre (le sujet n’est pas sur le moment opportun de le couper, là n’est pas la question). Pour vivre, se développer, grandir extérieurement et intérieurement, le nouveau-né doit être sorti de sa mère, séparé du placenta dont il n’a plus besoin et vivre ce qu’il porte de vivre afin de devenir autonome. Tout l’enjeu sera alors de lui offrir un cadre sécurisant dans lequel il apprend à exprimer sa joie de vivre.

C’est pareil plus tard… autour de notre histoire (mal) vécue, de notre héritage émotionnel (non exprimé), nous avons pu créer en quelque sorte un pseudo-ventre maternel dans lequel nous étouffons. En cherchant à nous mettre à l’abri nous restons bloqués dans notre propre développement. Alors que, d’une façon ou d’une autre, la Vie continue à pousser en nous.

C’est ainsi que la somatisation joue son rôle. Au travers de son expression dans notre corps, le plus souvent par des douleurs ou un mal-être, la Vie nous invite à venir voir ce qui se passe. À ressentir cette étroitesse dans laquelle nous nous sommes installés et que nous ne percevons même plus. C’était tellement plus simple de se conformer aux attentes de maman ou papa, d’être gentil avec les autres, de faire passer les amis, les collègues avant ce qui est juste pour nous… pour obtenir leur validation sur notre propre droit à être… dans l’espace qu’ils nous laissent… parce que nous avons laissé à l’autre ce pouvoir de définir notre espace.

Au fil des séances avec mes patients, une prise de conscience se fait autour des émotions qui ont créé cette limitation. Et petit à petit, vient le moment d’en sortir. De faire le deuil d’une histoire dont aurions rêvé (et qui a été ce qu’elle a été) afin d’accueillir la souffrance et la laisser s’exprimer.

Il nous est proposé à tout moment de nous redonner naissance, de sortir de cet espace contraint qui nous a servi de protection, afin de reprendre notre autonomie, de retrouver notre élan vital et son expansion… d’aller dans le monde, dans ce qui est juste pour nous.

La Vie nous invite à couper le cordon.