incendie

Cet article est le cinquième d’une série destinée à mieux faire comprendre le champ d’action de la somatopathie, sa mise en œuvre et les résultats que l’on peut en attendre.

Les cas présentés ici sont des cas génériques. Non celui d’un seul patient mais d’une typologie donnée, synthèse de plusieurs cas similaires avec des prénoms et des genres qui peuvent varier selon le type de cas. L’objectif est pédagogique, illustratif.

Paul, 52 ans, entre dans mon cabinet s’écroule dans le canapé disposé à cet effet. Son regard semble éteint. Le teint est gris. Comme quelqu’un qui se demande ce qu’il fait là, son regard parcourt un moment la pièce, cherchant quelque chose à quoi s’accrocher. Au bout d’une minute, ses yeux me fixent tandis que je termine la préparation de sa fiche.

Paul est un nouveau patient, gérant d’un grand magasin. Marié depuis 25 ans, deux enfants, une belle voiture, une belle maison. Malgré son regard éteint il a encore fière allure, sportif, bronzé, dans une tenue impeccable.

Il a entendu parler de la somatopathie par un copain. Il est dans mon cabinet parce qu’il y a 15 jours, il s’est retrouvé en arrêt de travail pour burn-out.

Burn-out. Le mot a été prononcé par son médecin traitant sur l’arrêt de travail. Quand Paul le prononce, ce mot résonne comme un couperet. Comme l’aveu d’un échec.

Jusqu’à ce jour la vie de Paul semble avoir été un sans-faute, selon ses dires : « Il y avait bien de la fatigue qui s’accumulait… mais le magasin demandait beaucoup de temps. Fallait bien être sur le pont, en tant que patron. » Il y avait bien sa femme, qui depuis quelques mois commençait à lui faire des reproches sur sa disponibilité le week-end, sur sa baisse de libido, sur ses enfants qu’il ne voyait plus beaucoup… « Mais ce magasin, c’est toute ma vie, même si le contexte économique est devenu compliqué… Ma femme ne voulait pas comprendre… Ce n’est pas avec son salaire que nous allions vivre… Depuis quelques temps le sommeil n’était plus réparateur. Et je n’avais plus le temps de faire mon footing matinal quotidien. »

Il y a 15 jours, Paul laisse exploser une vive colère à table le soir en famille. Jamais ses proches ne l’avaient vu ainsi. Une fois dans sa chambre il se sent vide. Le lendemain matin, impossible de se lever, d’aller travailler. « Son cerveau ne répond plus ». Sa femme inquiète le conduit chez le médecin traitant. « Burn-out ».

Paul n’a toujours pas compris ce qui lui est arrivé.

Lors de la première écoute crânienne, rien ne bouge. Dans les approches de type ostéopathique, une écoute fondamentale s’appuie sur le MRP (mouvement respiratoire primaire). Dans les mains, un crâne en bonne santé donne une sensation de respiration nettement perceptible après un peu d’entraînement. Quand rien ne bouge, c’est que le traumatisme physique ou psychique subi dépasse les capacités d’adaptation du patient. Le crâne est dur comme un casque de moto.

Mes premiers gestes iront donc dans le sens de redonner de la mobilité au crâne. Retrouver du mouvement. Sortir de la pétrification liée à la stupéfaction afin de pouvoir se remettre en marche.

La suite de l’écoute crânienne montre que Paul s’est coupé de l’écoute de lui-même depuis longtemps, qu’il est dans une hyper-vigilance de chaque instant comme si chaque seconde pouvait le conduire à la catastrophe et qu’il fallait donc tout surveiller, tout contrôler…

Mais d’autres informations plus centrales du crâne viennent parler directement de sa conception. Dans mes mains, certains os crâniens montrent qu’il y a quelquechose de l’ordre du déni de grossesse dans l’histoire de Paul.  Je lui demande alors s’il connaît les circonstances de sa conception et du début de sa grossesse.

Paul connaît très bien son histoire. Ses parents sont mariés depuis très peu de temps lorsque sa mère tombe enceinte et ils n’attendaient pas d’enfant si vite. Ils sont en train de monter leur commerce et ils n’ont pas de temps à consacrer à un enfant. La conception de Paul se fait donc dans une absence totale de désir d’enfant et la grossesse est vécue par la maman comme une gêne alors qu’elle préfère se consacrer à son commerce. Sa maman vit alors cette période comme si elle n’était pas enceinte. Elle est à fond dans son commerce, dans les sorties avec son mari (ils sont encore très jeunes tous les deux)… et quand vient le moment de l’accouchement… rien n’est prêt !  Pas de chambre, pas de vêtements…. un peu comme si l’accouchement arrivait par surprise.

Dans les séances de Somatopathie, je ne suis pas là pour porter le moindre jugement sur les parents du patient. Chacun a été ce qu’il a été pour de multiples raisons. En revanche, il est important de comprendre le vécu du patient dans le contexte.

Et le contexte de développement embryonnaire et de la croissance du patient dans le ventre de sa mère est porteur d’une grande angoisse existentielle : faute de regard, de désir de ses parents pour l’enfant  venir, faute de conscience de la maman pendant la grossesse, Paul n’est pas porté naturellement par ses parents. Il grandit dans une absence de sens de sa propre existence et une absence de regard.

Il va donc développer une stratégie de survie qui s’appuie sur une écoute empathique de l’autre dans le but de trouver comment établir le lien : non pas naturellement par ce qu’il est, mais par ce qu’il fait.  Il doit faire pour être reconnu. Il doit réussir pour être en lien. Il doit faire pour exister.

Paul deviendra donc quelqu’un de condamné à réussir. Et il réussira.

Jusqu’à ce que l’absence de sens le rattrape. Pendant des années la réussite de Paul a suffit à donner du sens à son existence… et puis un jour quelque chose cloche : la suite de la séance de Paul (un autre suture crânienne très caractéristique) permet de mettre alors le doigt sur le déclencheur : le patron de la chaîne de magasins a remis en cause les qualités de gestion de Paul et lui donnée des objectifs inatteignables. Or Paul avait noué avec cet homme une relation dans laquelle Paul se sentait reconnu, porté, valorisé. Compensation de la relation qu’il n’avait pas pu nouer avec son propre père. Paul a reçu ces reproches comme un coup de poignard. D’un coup il a perdu ce qui donnait du sens.

Et sur la table dans le cabinet, tout le lien entre les attentes qu’il avait nourries autour de cette relation et la souffrance dans la relation avec son père s’assemblent tel un puzzle. Paul est dévasté. Pour la première fois, les larmes coulent. La colère ne fait plus rempart.

La fin de la séance cherchera l’apaisement, l’harmonisation. Cette première séance fut une «grosse» séance. Lorsque Paul se relève son regard n’est plus éteint. Une lueur d’espoir est apparue. Il sourit

Il ne voit plus son burn-out comme un cataclysme mais comme une opportunité. Il a pris conscience qu’il traverse une étape de réparation et qu’il lui faudra du temps.

Je ne vais pas raconter les séances suivantes. Comme avec un oignon que l’on épluche, d’autres émotions, d’autres souffrances, seront mises à jour au fil du temps. Toute la construction issue des conditions spécifiques de la conception et du début de la grossesse va progressivement tomber.

L’accompagnement de Paul aura duré huit mois avec une séance toutes les 3 à 6 semaines selon les périodes. Aujourd’hui Paul est en reconversion professionnelle. Sa femme est venue pour quelques séances. Leur couple est en train de repartir sur de toutes nouvelles bases, beaucoup plus harmonieuses.