Tempête

Cet article est le quatrième d’une série destinée à mieux faire comprendre le champ d’action de la somatopathie, sa mise en œuvre et les résultats que l’on peut en attendre.

Les cas présentés ici sont des cas génériques. Non celui d’un seul patient mais d’une typologie donnée, synthèse de plusieurs cas similaires avec des prénoms et des genres qui peuvent varier selon le type de cas. L’objectif est pédagogique, illustratif.

Quand j’ai reçu Julie, 12 ans, accompagnée de sa maman, cela fait déjà 8 mois qu’elle souffre de terribles migraines plusieurs fois par semaine.

De vraies migraines. De celles qui la clouent au lit et lui font rater l’école plusieurs fois par semaine depuis que cela a commencé. Aucun traitement n’a fait effet jusque-là.

L’écoute crânienne montre de très fortes tensions associées de multiples sutures en lésion. Julie porte en elle la marque de plusieurs traumatismes de séparation dans le tout début de son existence. Quelque chose de son histoire primitive est en train de remonter à la surface : « j’ai tendance à me sacrifier pour mes parents ». Et quand je l’évoque, Julie et sa maman confirment. Julie est toujours à l’écoute de son père, de sa mère, faisant régulièrement passer ses envies au second plan, dans un souci constant de rendre service à l’un comme à l’autre.

Pour tout un chacun, Julie est une jeune fille en or… Elle est tellement facile à vivre.

Mais cette apparence idéale cache une réalité plus complexe. La suite de l’écoute crânienne montre que tout cela prend racine dans les débuts de la grossesse. Quand Julie est conçue, il n’y a pas de projet d’enfant entre les parents. Elle est un « accident ». Et quand les parents réalisent que la grossesse est en cours, ce n’est pas le moment. Ils sont encore jeunes et tous deux dans un projet professionnel qui les accapare beaucoup. Alors les futurs parents ne sont pas disponibles pour créer un lien affectif fort avec ce fœtus en plein développement. Et cette absence de regard crée, dans les touts débuts de l’existence in-utero de Julie, un stress majeur. C’est ce regard convergent des deux parents dès le début de la grossesse qui donne le sens de l’existence de Julie… en son absence, Julie va porter en elle ce manque de regard et la nécessité de le retrouver.

C’est pourquoi, dès sa venue au monde, elle mettra en œuvre des stratégies afin d’attirer ce regard vital pour elle. Elle se mettra ainsi dans une empathie destinée à lui permettre de sentir les besoins des autres plutôt que les siens afin de trouver toutes les opportunités de rendre service… Jusqu’à s’oublier elle-même.

L’ensemble des tensions que cela va produire en elle se situe essentiellement entre la base du crâne et les yeux.

En libérant progressivement le crâne de Julie, je l’invite à se demander ce qui s’est passé un peu avant le début de ses migraines, il y a huit mois. Étant donné ce que j’ai déjà verbalisé au sujet de l’origine de toutes les tensions que porte Julie, elle fait le lien très vite : quelques jours avant le début de ses migraines, Julie a compris que ses parents envisagent de se séparer. Alors, dans un sursaut d’empathie, elle s’est sentie responsable de cette séparation, avec le désir de trouver le moyen de réparer la relation entre ses parents. Ce faisant, elle se sentait incapable d’en parler avec eux, et tout autant impuissante.

Les larmes de Julie coulent doucement tandis qu’elle exprime tout cela. La maman est stupéfaite, mais extrêmement attentive et bienveillante.

Quand la séance se termine, Julie et sa maman échangent un regard que je n’oublierai pas.

Je préviens Julie qu’il n’est pas impossible que son corps réagisse à la séance par une nouvelle migraine dans les trois jours, mais que cela devrait commencer à s’apaiser ensuite.

 

Je reverrai Julie 3 semaines plus tard. Effectivement, deux jours après la séance elle a refait une migraine beaucoup plus légère.

Et ce fut la dernière. Elle n’en a jamais refait depuis et elle commence doucement à redevenir un enfant qui s’écoute et se fait plaisir.

 

L’histoire de Julie est typique de ce qui peut se passer en somatopathie chez un enfant. Les résultats sont souvent plus rapides.
Chez un adulte, le travail sur une migraine peut nécessiter plusieurs séances mais généralement, dès la première, on constate déjà une nette amélioration.